La hausse de l’euro vue depuis le Magreb

Le ressenti de l’économie marocaine

Les retombées des fluctuations de la parité euro / dollar ne se limitent pas aux grands pays du globe. Pour les partenaires commerciaux des pays européens tel que le Maroc il existe des effets certains de la hausse de la monnaie européenne. Comment l’économie marocaine ressent-elle la hausse de l’euro par rapport au dollar ?

Au niveau commercial, la dépréciation du dirham face à l’euro stimulerait la croissance des exportations marocaines vers les marchés européens, pourvu que la hausse de l’euro ne soit pas aussi forte au point de se traduire par un repli de l’activité économique de la zone. En revanche, la hausse se traduirait par un renchérissement des importations de biens libellées en euro qui constituent presque 55 % des importations globales du Maroc. Le caractère incompressible des importations et les difficultés d’opérer un réaménagement rapide des sources d’approvisionnement en réaction au renchérissement des biens importés en est donc d’autant plus préjudiciable. Au rayon des impacts bénéfiques on peut ajouter que l’affaiblissement du dirham par rapport à l’euro renforce la compétitivité du produit touristique du royaume, dont les principaux pays émetteurs relèvent de la zone euro, et stimulerait aussi les revenus de transfert effectués par les marocains résidents à l’étranger.

D’un autre côté la baisse du dollar expose l’économie marocaine à une concurrence accrue en Europe au profit des pays émergents dont la monnaie est rattachée au dollar. De plus elle subit une perte de compétitivité sur les marchés relevant de la zone dollar. Il ne faut cependant pas écarter l’effet positif de l’appréciation du dirham face au dollar qui contribue à alléger la facture énergétique.

Au terme de l’année 2003, la valeur totale des exportations marocaines (hors phosphates et dérivés) s’est repliés de 4,3 % tandis que les importations se sont accrues en valeur de 4 %, portées par la hausse des prix des biens d’équipements.

Pour ce qui est de la dette marocaine, la hausse de l’euro, compte tenu de son poids dans le portefeuille de la dette du royaume, l’alourdie. Toutefois la détente des conditions de financement fut opportune pour optimiser l’endettement extérieur grâce à des opérations de refinancement à des taux compétitifs. Et pour ce qui est du règlement partiel de la dette extérieure libellée en dollar les gains de change sont conséquents.

En septembre 2003, une étude de la Caisse des Dépôts et des Consignations avait simulé l’impact sur l’économie marocaine d’une nouvelle hausse de l’euro en 2004. Deux scénarios. Le premier prévoyant une parité euro/dollar de 1,35, soit une appréciation de 15 % par rapport au taux du moment qui était de 1,15. Le second prenait lui pour taux de change prévu 1,45$ pour 1 euro, soit 10 % d’appréciation supplémentaire.

L’impact de la hausse de l’euro sur l’économie marocaine y fut appréhendé à travers les effets occasionnés par le repli de la croissance de la zone euro sur la demande européenne adressée au Maroc et l’effet change sur la compétitivité des exportations marocaines et sur les finances publiques du Royaume.

Le scénario 1 irait de pair avec un repli de la demande européenne adressée au Maroc de 5 %. L’évolution du taux de change réduirait en termes réels de 1,9 % la croissance des exportations en 2004. Le resserrement de leurs débouchés extérieurs conduirait les entreprises à ajuster leur demande de facteur. L’emploi industriel reculerait alors de 0,2 %. Ne pouvant pas totalement absorber le renchérissement des coûts par des comportements de marges ou en jouant sur les salaires la révision des perspectives de production amènerait les entreprises à réduire leurs importations de 0,5 %. Le ralentissement de l’activité et le chômage additionnel pèseraient sur la consommation des ménages qui se replierait de 0,1 % en 2004. S’agissant de l’impact sur les finances publiques, il serait toutefois limité. Le solde budgétaire ne s’aggraverait que de 0,2 % du PIB en 2004. De même, le compte courant de la balance des paiements devrait se replier de 0,2 % du PIB. Au total, en écart par rapport au scénario tendanciel qui lui ne fait état d’une telle hausse de l’euro devant le dollar, le rythme de croissance du PIB réel serait en recul de 0,2 point en 2004.

Simulations d’impacts sur l’économie marocaine d’une nouvelle appréciation de l’euro par rapport au dollar réalisées en 2003 pour l’année 2004.

2004 Scénario 1 : 1,35$ Scénario 2 : 1,45$
PIB réel  -0,2 %  -0,8 %
Solde courant  -0,2 % du PIB  -0,7 % du PIB
Solde budgétaire  -0,2 % du PIB  -0,3 % du PIB
Inflation  -0,1 %  -0,1 %
Taux de chômage  +0,1 %  +0,4 %

Comme nous l’indique le tableau les résultats s’aggraveraient pour l’économie marocaine dans le cas d’un euro établit à 1,45$. La baisse de la demande étrangère adressée au Maroc serait là estimée à 10 %.

Le taux de change euro / dollar s’étant établit à environ 1,35$ en décembre 2004 c’est le scénario 1 qui a pu se produire. Un mouvement de délocalisation des industries européennes, pour rester compétitives, vers les économies émergentes est à craindre pour le Maroc. Les pays d’Asie seraient mieux placés de part leur monnaie arrimée au dollar pour profiter de ce mouvement. Le Maroc a ainsi pris conscience de la nécessité de plus coopérer avec la zone euro en matière de politique monétaire, leur proximité à l’Europe étant un atout à utiliser. Afin de mieux faire face à un choc exogène tel que l’évolution du taux de change le Maroc devra faire en sorte de plus favoriser sa demande intérieure mais aussi de diversifier ses relations de partenariats avec l’étranger pour élargir les débouchés extérieurs de ses entreprises et leur permettre de s’affranchir des effets liés au retournement conjoncturel.

Au niveau mondial ?

La zone euro

Les USA

La Chine et le Japon